Decentralization, urban policy and changes in specialized prevention work, a territorial approach (1992-2018) : The influence of political guidelines on the autonomy of specialist prevention associations
Abstract
La prévention spécialisée est une mission éducative destinée à permettre aux jeunes en voie de marginalisation de rompre avec l'isolement et retisser des liens avec le reste de la société. Née d'une pratique militante dans l'immédiat après-guerre, elle s'est depuis progressivement institutionnalisée pour relever aujourd'hui de la politique de l'aide sociale à l'enfance.Les éducateurs de rue interviennent sur un territoire délimité et sont directement en prise avec les politiques publiques.Cette thèse interroge les rapports entre un groupe professionnel avec ses modalités d'action et les valeurs qu'il revendique, la mise en œuvre d'un processus de réaménagement de l'Etat - la décentralisation -, et celle de la politique de la ville.Les éléments communs à ces trois démarches (la dimension territoriale en particulier) font l'objet d'analyses de même que les risques de tensions liés à la pression que la prévention spécialisée peut ressentir sous le poids conjugué d'une plus grande proximité des élus et décideurs dans le cadre de la décentralisation, et de l'injonction à prendre part à des dispositifs initiés dans le cadre de la politique de la ville.De fait, la prévention s'est trouvée directement placée sous la tutelle des départements, plus proches que l'Etat. Progressivement, les Conseils généraux se sont emparés de cette compétence et ont assorti leurs financements d'injonctions pesant sur les associations. Cette évolution a pu être constatée en Essonne comme dans le Val-de-Marne en dépit de rythmes et de dynamiques différents.L'étude de l'activité de quatre associations implantées au sein de ces deux départements montre que ces évolutions ne s'effectuent pas sans résistances, sans zones de friction entre des professionnels fréquemment venus à la prévention spécialisée pour l'originalité de ses modalités d'intervention et des élus souhaitant davantage contrôler et orienter l'activité des associations.Les éducateurs sont de plus en plus amenés à travailler en lien avec les établissements scolaires, du fait d'exigences départementales. Ce rapprochement entre la prévention spécialisée et l'Education nationale s'ajoute au travail mené par ailleurs avec les dispositifs relevant de la politique de la ville. La conséquence de la mise en œuvre de ces dynamiques est l'évolution du public rencontré par les éducateurs.La moyenne d'âge des jeunes accompagnés est de plus en plus basse et les préoccupations prises en considération par les équipes relèvent de plus en plus du lien avec l'école. La participation des associations de prévention spécialisée aux mesures de responsabilisation constitue une évolution majeure pour ce secteur d'intervention.En privilégiant les jeunes de 11 à 16 ans, les associations restreignent l'accompagnement des jeunes adultes de 18 à 25 ans.Si ce délaissement partiel des jeunes adultes est variable d'une association à une autre, le phénomène est suffisamment global pour susciter des interrogations au sein des équipes éducatives elles-mêmes ; les profils qui constituaient le cœur de l'intervention en prévention spécialisée tendent à devenir de moins en moins prioritaires.L'idée de prévenir les ruptures de parcours en accompagnant les jeunes plus tôt se justifie, mais à effectifs constants, elle amène les équipes éducatives à privilégier certains publics et certaines interventions au détriment d'autres. Le travail de rue, dimension emblématique du travail en prévention spécialisée est ainsi perçu en régression au sein des associations.La décentralisation, la politique de la ville ont participé à la réduction des marges de manœuvre, de l'autonomie des associations de prévention spécialisée. Si le travail demandé prend sens, il participe d'une aseptisation d'une prévention spécialisée ne disposant pas des ressources pour répondre aux commandes qui lui sont adressées tout en maintenant le cœur de ses interventions traditionnelles auprès d'un public de jeunes adultes en voie de marginalisation.
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